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De retour de Batié, quelques impressions en vrac…

28/01/2017

Batié :
La ville de Batié continue à se développer. Le maire, que nous avons rencontré, nous a donné quelques chiffres :
Une population de 15 000 habitants à Batié centre, de 45 000 si on compte les 55 villages de la commune . Ceux-ci sont répartis en 5 secteurs.
Pour que tout le monde soit représenté, cela signifie 120 conseillers municipaux !
Une nouvelle mairie a été construite, elle est fort belle et pourra accueillir un peu mieux les diverses manifestations.

L’enseignement :
Les écoles se multiplient mais pas encore assez. Celle du centre-ville, dont nous avons rencontré une institutrice, est constituée de 6 classes soit 512 élèves.
Le CP se passe en deux ans puisque les enfants doivent en même temps apprendre la langue française et les acquis habituels de cette classe.
La classe de CP2 de l’institutrice rencontrée accueille 99 enfants et elle est toute seule pour assurer sa classe!
Une école privée catholique a vu le jour cette année et est pour le moment constituée de seulement deux classes, elle est à la recherche d'un nouveau local.
Au collège, les frais de scolarité sont de 30 000FCFA auxquels s'ajoutent 20 000FCFA de participation à l'achat des livres scolaires. Cette somme totale correspond à 76,2€.
Pas grand-chose ? Sauf que l’équivalent du SMIG est à 32 300 FCFA mensuel net, soit moins de 50€ par mois.
Je vous laisse faire les calculs lorsque plusieurs enfants de la famille sont scolarisés…

Au sujet de l’eau :
Deux grands châteaux d'eau ont été installés. L'eau courante dans le centre-ville va bientôt devenir une réalité : des listes de demande de raccordement sont en train d'être établies à la mairie.
Ce que l'on ne sait pas encore, c'est le prix que cela va coûter et dans quel état sont les installations existantes (tuyaux privés et robinets) réalisées depuis des années et jamais utilisées.
Les zones reculées, elles, sont toujours aussi dépourvues et les deux forages que la Mairie de Mouans-Sartoux a accepté de nous aider à financer, à Maal et Djongo, seront de la plus grande utilité.

L’électricité :
L'électricité fournie par un groupe électrogène dans le centre-ville fonctionne de 18h à minuit et de 6h à 12h.
C'est bien sûr un grand progrès, permettant outre l'éclairage, la conservation d'aliments dans un réfrigérateur, l'utilisation des appareils médicaux pour le centre chirurgical, le rechargement des portables, l'utilisation des ordinateurs… C'est hélas également une pollution sonore toute nouvelle, chaque "cabaret" (cour où se fabrique le dolo, la bière de mil locale) rivalisant de bandes sonores pour attirer le client. L'électricité permet aussi le lavage des motos au karcher, nouvelle activité rémunératrice au plus haut point, puisque sitôt utilisé, l'engin se recouvre immédiatement de poussière rouge !

Alimentation :
Au niveau nourriture, la ville s'agrandissant, les petits magasins se multiplient et on peut maintenant trouver des sardines en boîte, des biscuits, de l'eau minérale en bouteille et plein de nouvelles choses qui ne se trouvaient pas lors de notre précédent séjour.
Sur la table, la nourriture varie peu malgré l'arrivée en force de la pomme de terre frite, des petits pois en boîte en entrée (avec tomates, concombres et oignons).
Le tô (bouillie de mil très épaisse) reste la nourriture de base, accompagné en ces périodes de fêtes de volailles grillées, passant en deux heures de la cour à l'assiette.

L'accueil est toujours aussi agréable, les gens sont ouverts et souriants. La majeure partie de la journée se passe en balades, en rencontres, en discussions. C'est un peu comme chez nous, là-bas, sauf qu'en plus, on ne fait rien et on a le droit !!!

Quelques nouvelles expressions glanées ici et là :
Si "on mange le tô couché" c'est qu'on va manger le tô préparé la veille.
"Il a mangé son totem" veut dire qu'il a posé un acte qu'il va regretter.
"On va rougir l'œil" signifie qu'on va se fâcher… très fort si en plus "on va cogner les têtes" !

Bruits nocturnes

Dix-huit heures, le soleil se couche, irradiant d'or la campagne et ses greniers.
Très vite le soir décline.
Un ou deux vols bien ordonnés de pique-bœufs traversent le ciel sombre.
Les chauves-souris, venues d'on ne sait où, se mettent à chasser en silence, rasant le sol, traversant les pièces ouvertes, fondant sur les insectes.
Les grillons commencent à crisser leur litanie.
La nuit tombée, les chauves-souris s'accrochent dans les arbres et débutent leurs cris monotones. Bientôt on n'entend plus que ça. Les bruits sont assourdissants.
En sourdine demeure la musique des cabarets dont seules les percussions restent perceptibles.
Dans la nuit, les gens se saluent, s'interpellent. Seuls les sourires permettent de les distinguer.
On se couche dans un brouhaha incessant.
Minuit, l'électricité est coupée et comme par magie, tout s'arrête. Pendant trois heures le silence est total. Même les animaux semblent profiter de ce répit.
Puis, un bruit métallique et irrégulier transperce le silence. Une roussette se réveille. Dans les minutes qui suivent, elle est rejointe par ses sœurs et la musique à deux tons reprend vie. Un coq chante, un autre lui répond. Un chien aboie, trois autres suivent, un cochon traverse la cour à grands bruits, suivi du renâclement de ses petits. La cour est envahie de chevrettes qui bêlent en se frottant aux troncs d'arbres. Les coqs n'en finissent pas de célébrer le lever du jour. Etonnant tintamarre.
Six heures, la cloche du presbytère sonne à la volée. Les chauves-souris se taisent. Elles ont soudainement disparu. Les premières personnes commencent à se saluer. Le jour se lève sur une nouvelle journée à Batié.