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Retour de voyage au Burkina

01/04/2015

Résumer plus de 3 semaines passées au Burkina Faso et plus particulièrement à Batié n’est pas chose facile au retour d’un tel voyage et il faut laisser du temps au temps pour pouvoir plus lucidement écrire et analyser ce que nous y avons vécu.
Le moment est venu où il est possible de se mettre à distance sans oublier toutes les émotions ressenties au cours de cette mission.

Ouagadougou :
Entre le virus Ebola et les événements politiques, nous avons cru, un instant, avoir à remettre ce voyage puis les choses s’apaisant, nous avons pu partir. La ville est marquée des signes des émeutes passées et si, à notre arrivée la garde rapprochée de Blaise Compaoré refusant qu’on la démette, manifeste, cela se passe dans un calme relatif et Jacques qui est venu nous chercher préfère jouer la sécurité en évitant de trop sortir.

Le Pick-up
Le voyage jusqu’à Batié, en voiture climatisée et confortable est un luxe que nous apprécions mais quand nous nous déplaçons pour aller en zones, nous voyons à quel point le véhicule est nécessaire vu l’état des pistes. Et puis il y a souvent des personnes, des cartons de livres, des ballots de tissus ou des sacs d’ignames à transporter d’un endroit à l’autre. L’état des voies de communication et la poussière fragilisent les véhicules mais celui-ci est particulièrement chouchouté, lavé, vérifié : nous en sommes témoins.

Batié
A notre arrivée, nous avons envie de dire que rien n’a changé depuis notre visite, il y a un an, avec Sylvie et Georges. Mais à y regarder de plus près les boutiques de plaques solaires sont plus nombreuses et les marchands d’eau en berlingots aussi. On peut s’en réjouir, ainsi plus de personnes semblent pouvoir avoir un peu d’électricité même à la périphérie de la ville. Au centre, il y a de l’électricité de 9 h à 16 h 30 et de 18 h 30 à minuit. Plus de personnes boiront de l’eau purifiée, certes mais cela entraine aussi plus de plastiques qui sont jetés au sol et enlaidissent la ville. Quand il y en a trop, on les rassemble et on les brule, occasionnant des vapeurs nauséabondes et toxiques. Ouaga commence seulement à investir dans le ramassage d’ordures.
Les maquis, bars où l’on vend autre chose que du dolo : bières, sodas… sont également plus abondants mais il est vrai que de nombreuses maisons en cours montrent que la ville grandit mais la construction d’un hôtel-restaurant nous laisse un peu pantois même si l’orpaillage modifie la donne dans la région.
Le climat anormalement chaud, plus de 40°C dans la journée nous assomme les premiers jours mais un ventilateur permet de nous endormir plus facilement et les moustiques n’ont qu’à bien se tenir car nous employons toute la panoplie disponible sur place : crème préventive et curative, tortillons et bombe.
Une grosse pluie, une nuit, nous offre aussi un paysage vert inconnu jusqu’alors et moins poussiéreux.

La paroisse :
Nous faisons connaissance avec Ahmed, le nouveau curé de la paroisse et prenons conscience à quel point la charge est lourde dans la mesure où des responsabilités diocésaines s’ajoutent à la charge pastorale.
La communauté religieuse est composée de 3 sœurs, Bibiane, Madeleine et Marcelline qui en plus d’être responsable de la communauté est responsable du foyer.
Une stagiaire, Adeline est présente encore pour quelques mois.
La vie paroissiale est très vivante. Les messes, si elles sont parfois longues, sont dynamiques et bien ancrées dans la vie des paroissiens.

Le grenier à grains
Il fonctionne : pendant notre séjour 50 sacs sont livrés pour préparer la période où le grain manque et où les prix flambent. Acheté 12 000 F CFA, augmenté du prix du transport : 300 F CFA par unité, le sac de 50 kg est revendu 13 000 F CFA soit 19,50 €.
La récolte prochaine est encore loin mais un sac est déjà vendu pendant notre séjour.

Le Foyer des filles
La première rencontre, si elle reste très protocolaire (chants, discours, décoration …) est toujours aussi chaleureuse : aucun doute il y a de la joie dans l’air et Marcelline et Frédéric (président du Comité de Jumelage) n’y sont pas pour rien. Ils sont tous les deux très présents et à l’écoute des filles. Il est important aussi pour nous de considérer les filles comme des adultes et non des adolescentes (Clarisse a 19 ans et au Burkina Faso une fille se marie vers 14-15 ans).
Les filles sont en bonne santé. Toutes les tâches se font dans la bonne humeur.
Notre présence dans la durée permet un apprivoisement important et sympathique de tous. Les langues se délient facilement aidées par la réalisation de tricot et des bracelets.
Ce sont dans ces échanges que nous réalisons à quel point, les filles sont loin de nos réalités de vie. Le fait que nous soyons venus en avion reste pour elles un grand mystère, elles qui n’en n’ont jamais vus puisqu’il n’y a pas de couloir aérien au dessus de Batié. Elles ont bien vu des hélicoptères lors d’un repérage d’orpailleurs mais c’est tout et cela les a suffisamment marquées pour qu’elles puissent y associer une date : « c’était en 2009, j’étais en CM2 et j’ai bien regardé » dira l’une d’elle. Et aussi : « Comment en, France il n’y a pas de tô ?!? » Plat national se présentant sous la forme d’une pâte faite de farine (mil, sorgho, maïs, igname) mélangée avec de l’eau qui se mange froid accompagnée d’une sauce, le plus souvent aux herbes. Le prix d’une mangue les étonne aussi, alors qu’ici, quand c’est la pleine saison, on en nourrit les cochons !
Si nous conversons en français, il y a souvent incompréhension d’un côté comme de l’autre, l’accent, la prononciation, la limite du vocabulaire pour elles nous obligent à parler lentement et parfois l’une d’entre elles traduit en langue ce qui n’a pas été compris.
Effectivement si le français est la langue nationale, il est rarement ce qu’on parle autrement qu’en classe.
Les filles partent tôt au collège. Il y en a trois sur Batié plus ou moins éloignés du foyer. Les cours commencent à 7 h le matin pour finir à midi, reprennent à 15 h pour se terminer à 17 h parfois 18 h.
Quand elles rentrent, les filles arrosent le jardin potager avec Simon Pierre, le gardien. Cela se fait de gaité de coeur. Il faut aussi nettoyer les gamelles que Marie Madeleine, la cuisinière a utilisé pour préparer le repas. Mais avant, les filles ont quitté leur tenue de collégienne pour la préserver, comme elles le font aussi à midi.
L’eau ne manque pas avec le puits du foyer aussi les filles en profitent largement : souvent 3 douches dans la journée, lessive régulière. Les gens du quartier qui utilisent aussi le puits viennent chercher de l’eau jusqu’à 17 h 30, ensuite le puits est réservée au foyer.

Les lycéennes :
Nous avons pu les rencontrer. Les conditions de travail sont difficiles (près de 100 élèves par classe, des manuels insuffisants, un nouveau rythme de vie pour Mambon, maman d’une beau petit Béranger né en octobre. La philosophie enseignée dès la seconde les effraie un peu. Toutes les trois aimeraient devenir sages-femmes. Nous sommes admiratifs et fiers de voir ces filles continuer leurs études, surement pour un avenir meilleur.


La fontaine de lumière
Jusqu’à peu les filles pouvaient avoir un peu de lumière dans la salle d’études en faisant fonctionner le moulin à grain le soir, mais la meule s’est cassée et le prix de revient du gasoil a rendu la production bien trop onéreuse. Les filles ont utilisé la lampe de leur portable (ça y est les 3° en ont un !) pour avoir un peu de lumière ou 3 lampes solaires achetées (pour 18 !).
Il fallait donc intervenir ! Voila pourquoi nous sommes partis avec une plaque solaire reliée à 24 lampes individuelles (trouvés sur Internet par la société Soltys).
Cela était à la charge de Bernard. Et nous sommes partis confiants. La réalité s’est avérée un peu plus compliquée : il nous a fallu nous mettre au rythme africain ce qui n’est pas toujours évident avec notre vie européenne. Le menuisier était parti à des funérailles quand nous sommes arrivés. Il est revenu au bout d’une semaine mais avait besoin de repos, ce qui est tout à fait normal mais engendrait chez Bernard la peur que la fontaine ne soit pas installée à temps.
Achille, lorsqu’il a pu venir est, par contre, devenu très efficace : une étude a été faite, suivie d’une maquette pour qu’il n’y ait pas méprise puis il a fallu le temps de réaliser les 18 potences quand on a qu’une scie manuelle, un rabot à main et qu’il n’existe sur Batié qu’un diamètre de clou (oui, mais en trois longueurs quand même !). Bernard a été très marqué par la qualité du travail réalisé avec si peu de matériel !
L’installation a eu lieu dans les délais prévus et l’inauguration officielle s’est faite. L’occasion rêvée pour nous recevoir officiellement au foyer pour un repas digne de noël : riz sauce et poulet. Achille est là ainsi que Frédéric. Les lampes ont été fixées, allumées pour la première fois et les questionnements posés à l’achat (la lumière sera-t-elle suffisante pour l’étude …) n’ont plus de raison d’être : la luminosité est excellente, les lampes suffisamment solides pourront aussi éclairer le réfectoire pour le repas du soir et les filles pourront en emporter une dans le dortoir pour aller aux toilettes, la nuit. Mission accomplie. Bernard a juste regretté qu’on n’ait pas assez de recul quant à l’utilisation avant notre départ.

Car départ, il y a eu. Pas facile à admettre, ces 3 semaines ont passé trop vite. Les filles ne veulent pas que l’on parte : « vous aviez dit que vous veniez en février et février n’est pas fini ! » Les larmes ont jailli de part et d’autre. Avec Jacques qui nous a coucounés pendant tout notre séjour, nous conduisant en zones, nous permettant de vivre au plus près des gens comme nous l’avions souhaité, le silence s’est installé comme si la séparation proche nous interdisait toute effusion, tout nouveau partage.
Nous avons atterri physiquement à Nice le dernier jour de février, mentalement bien plus tard.
Et comme le Burkina Faso nous rappelle déjà, nous repartirons bientôt tout en laissant à d’autres personnes du comité le temps de tenter l’expérience dont on ne revient pas indemne. Surement dans deux ans car Ingrid sera en 3°, nous l’espérons Nous lui avons promis de lui rapporter des chips qu’on ne trouve pas encore à Batié, rêve d’une adolescente de 15 ans que nous comptons bien concrétiser !

Dominique et Bernard


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